.-Par Abdelghani AOUIFIA-.

 Beijing - Jeudi dernier au petit matin, la station-métro de Shuangjing, au quartier de Chaoyang, au cœur de Beijing, la capitale chinoise, était fermée. Covid-19 oblige ! Chyou Lee, une jeune employée de 24 ans, est obligée de prendre un des vélos élégamment rangés près de la station pour se rendre au travail.
   « Je travaille à Guomao (quartier financier de Beijing), à 5 KM de chez-moi », indique-t-elle.
   « Je vais pédaler près de 5 KM. C’est bien pour la santé et je vais, par la même, contribuer à la lutte contre la pollution », ajoute-t-elle, évitant, avec un sourire sournois, d’évoquer la pandémie.
   Chyou est parmi des millions d’habitants de Beijing acculés à recourir aux services de « la petite reine » pour se déplacer suite à la décision des autorités municipales de suspendre les transports en commun dans le cadre des efforts visant à freiner la propagation de la pandémie de Covid-19.
   Avec l’envolée des infections dans cette métropole de près de 22 millions d’âmes, les autorités locales, fidèles à la ligne dite de « tolérance-zéro » tracée par le pouvoir central pour faire face au Covid-19, ont procédé à la fermeture de plus de 60 stations du réseau de métro, véritable colonne vertébrale du grand Beijing. Près de 15 millions de personnes utilisent le métro chaque jour pour se déplacer dans cette ville.
   Depuis mercredi dernier, quand la suspension des transports en commun est entrée en vigueur, les petites ruelles comme les grandes artères de Beijing bourdonnaient d’activités générées par la multitude de vélos en circulation.
   Simples ouvriers ou cadres « white-collar », tout le monde s’est rappelé de la bicyclette en ce temps de retour inquiétant de la pandémie dans ce vaste pays de plus de 1,5 milliard d’habitants.
   Dans la capitale, on parle du retour du « Royaume du vélo », allusion aux années où le vélo était le principal moyen de transport à Beijing, ville dont le paysage plat encourage l’usage des véhicules à deux roues.
   Bien avant la montée fulgurante de la Chine pour devenir la deuxième économie mondiale et dépasser les États-Unis en tant que plus grand marché des voitures, les routes des grandes villes du pays étaient dominées par les vélos. Cette domination a valu au pays le surnom de « Royaume du vélo ».
   Beijing dispose d’une gigantesque flotte de vélos généralement utilisés par les touristes pour découvrir la ville. Selon les médias, la capitale compte près de 9 millions de vélos. Visiblement stationnés partout dans la ville, ils sont gérés par les géants de l'Internet comme Didi Global, Meituan et d’autres soutenus par Alibaba Group Holding.
   Les autorités de Beijing avaient encouragé l’usage des vélos dans le cadre d'une campagne nationale visant à promouvoir la transition écologique. Elles ont, à cet effet, repensé la circulation afin de rendre leur usage plus sûr pour les cyclistes, avec notamment des pistes cyclables élargies.
   Peu après la suspension des transports en commun, les internautes ont pris d’assaut les réseaux sociaux pour publier des photos de cyclistes accompagnées de commentaires reflétant l’état d’esprit général suite au renforcement des mesures de contrôle anti-pandémique dans la métropole.
   Des données publiées par les médias montrent que le trafic de vélos a augmenté pendant les heures de pointe jeudi dernier, premier jour au travail après cinq jours de congé à l’occasion de la fête du Travail.
   Dans le district de Chaoyang, où la plupart des infections de la ville ont été découvertes, la circulation des cyclistes a augmenté de près de 70 pc, rapportent les médias, citant des données de Hello-inc.com, qui loue sa flotte de vélos et de motos électriques via l'application de paiement mobile Alipay, proposée par le groupe Ant du milliardaire Jack Ma.
   Depuis le déclenchement de la nouvelle vague des infections en mars dernier, les autorités de Beijing ont mis en œuvre un train de mesures strictes.
   Des opérations de dépistage en masse, à l’exigence de tests PCR négatifs en passant par la fermeture des lieux publics comme les restaurants et les parcs d’attraction ou encore les quarantaines obligatoires, les habitants se mobilisent aux côtés des autorités pour freiner une flambée d’infections qui risque de mettre le pays au point mort.
   Ces mesures ont poussé de nombreux chinois à déserter les rues, laissant derrière eux des scènes de désolation qui rappellent le début de la pandémie à Wuhan il y a plus de deux ans.